L’encours de l’épargne solidaire atteint 34 milliards d’euros fin 2025, en hausse de 15 % sur un an, sa plus forte progression depuis 2021, selon la 24ᵉ édition du baromètre FAIR et La Croix. Derrière ce record, un paradoxe tenace : malgré ses 11 372 emplois créés et ses milliers de personnes relogées, cette épargne « utile » ne pèse toujours que 0,52 % du patrimoine financier des Français.
Onze mille trois cent soixante-douze emplois créés, plus de deux mille personnes relogées, près de 74 000 alimentées en électricité renouvelable : voilà ce qu’a financé, en 2025, une catégorie d’épargne que la plupart des Français ignorent encore. L’épargne solidaire, ces placements dont une partie irrigue des projets à impact social ou environnemental, vient pourtant de signer sa meilleure année depuis longtemps.
Selon la 24ᵉ édition du baromètre publié par l’association FAIR avec le quotidien La Croix, son encours global atteint 34 milliards d’euros au 31 décembre 2025, en progression de 15 % sur un an, la plus forte hausse enregistrée depuis 2021.
Trois moteurs expliquent cette accélération. D’abord des souscriptions nettes nourries, de l’ordre de 2,5 milliards d’euros, signe que de nouveaux épargnants franchissent le pas. Ensuite des effets de marché favorables, pour près de 2 milliards. Enfin l’enrichissement de l’offre, avec l’arrivée de 0,7 milliard d’euros de nouveaux produits labellisés Finansol. Le mouvement traduit une banalisation progressive du solidaire : désormais, la quasi-totalité des grands réseaux bancaires et assurantiels proposent au moins un produit labellisé dans leur gamme.
L’épargne salariale en locomotive, le bancaire en record
Dans le détail, l’épargne salariale solidaire reste la figure de proue du secteur. Avec 18,5 milliards d’euros, elle concentre à elle seule 54 % des encours et progresse de 13 % sur l’année, portée par les 13,2 millions de salariés disposant d’un dispositif d’épargne d’entreprise. Le succès s’inscrit dans une dynamique plus large : selon l’Association française de la gestion financière, l’ensemble de l’épargne salariale et retraite d’entreprise atteint 230 milliards d’euros fin 2025. Le solidaire surfe sur cette vague en orientant une fraction de ces flux vers l’impact.
L’épargne bancaire et assurantielle solidaire n’est pas en reste, et signe même un record. Elle grimpe de 19 % en un an, à 14,2 milliards d’euros, tirée par la montée en puissance des fonds et livrets solidaires et par la percée du contrat d’assurance-vie responsable et solidaire de la MAIF, dont les encours bondissent de 924 millions d’euros. Les comptes sur livrets solidaires atteignent quant à eux 3,1 milliards d’euros, séduisant de nouveaux épargnants grâce à des taux bonifiés dans un contexte de baisse des taux réglementés. Les fonds d’investissement solidaires, organismes de placement collectif et unités de compte confondus, frôlent pour leur part 6 milliards d’euros d’encours, en hausse de 22 % sur un an, portés par une collecte soutenue et l’arrivée de nouveaux véhicules labellisés.
Enfin, l’actionnariat solidaire, c’est-à-dire l’épargne investie directement dans des entreprises de l’économie sociale et solidaire, poursuit sa croissance pour approcher 1,3 milliard d’euros, avec, à la clé, des avantages fiscaux à l’entrée pour les souscripteurs.
Un impact concret, une part encore marginale
Reste l’autre versant du baromètre, le plus parlant pour l’épargnant : à quoi sert cet argent ? En 2025, 848 millions d’euros de financements ont été mobilisés en faveur de l’économie sociale et solidaire, dont 67 % vers des projets sociaux, 25 % vers la transition écologique et 5 % vers la solidarité internationale. Au-delà des emplois et des relogements, le secteur revendique plus de 1 800 projets soutenus, 28 447 prêts sociaux accordés, en majorité à des femmes, et plusieurs milliers d’hectares d’agriculture biologique financés. L’épargne de partage, par laquelle l’épargnant reverse une part de ses intérêts à des associations, a généré 16 millions d’euros de dons, un record pour la deuxième année consécutive. « La finance solidaire est assurément une finance de solutions », résume Patrick Sapy, directeur général de FAIR.
Pourtant, malgré ces chiffres, l’épargne solidaire demeure un filet d’eau dans l’océan de l’épargne hexagonale. Sa part dans le patrimoine financier des Français ne s’élève qu’à 0,52 %, certes en progression par rapport aux 0,46 % de 2024, mais toujours résiduelle. Autrement dit, pour chaque tranche de 200 euros placés par les ménages, environ un seul finance un projet à impact. Le potentiel de croissance reste donc immense, à mesure que les réseaux généralisent ces produits et que les épargnants découvrent qu’orienter une partie de leur argent vers l’utile ne suppose ni renoncement au rendement, ni démarche militante. La finance solidaire a passé un cap symbolique ; il lui reste à sortir de la marge.
